#Flow29jours

Jour 3 : Souvenir d’enfance.

J’ai cherché. J’aurai pu prendre en photo les jouets de mon fils : je lui a racheté ceux que j’avais. J’aurai pu prendre ne noeud autoroutier à la sortie de lyon que j’allais voir en fin de journée et que l’enfant en moi aurait aimé regarder des heures. J’aurai pu prendre une photo du vinyle que j’ai adoré petite et que j’ai récupéré chez mon père.

J’aurai pu.

Mais au fil de la journée, il n’y a qu’un seul souvenir d’enfance qui avait du sens.

Et c’était ma grand mère. Celle qui a veillé sur moi de loin, et de près aussi. Celle qui devait penser souvent à moi je crois. Celle qui voulait m’aider. Celle qui aurait bien voulu que je lui ressemble davantage. Celle qui, dans la tourmente de mon enfance, a discrètement mais sûrement pris en main ce qu’elle pensait important pour moi et que mes parents délaissaient : mes vêtements, ma tenue, mon éducation.

Elle m’a appris la politesse et donné les clefs pour être bien en toutes circonstances.

Elle m’a offert l’empathie sur un plateau.

Elle m’a montré la franchise et tous ces avantages.

Elle m’a laissé admirer sa discipline de vie que je ferai bien de suivre à nouveau.

Elle aurait bien aimé que je lise aussi des biographies de marie antoinette.

Elle a toujours veillé sur moi, de loin, mais avec constance.

Du coup, elle a beau être partie, elle est toujours là.

Alors je suis allée sur sa tombe poser quelques fleurs fraiches.

C’était bien.

Il y avait le bruit de la grille qui grince, le sourire du celui qui m’a tenu la grille. Mon merci. Nos sourires échangés. Je n’avais jamais pris garde à la communion qui existe entre tous ceux qui vont au cimetière. Nos sommes tous là pour la même chose, à des degrés différents, chacun à son rythme. Et puis le bruit des pas dans le gravier. Celui de nos pas, celui des autres pas.

Et puis trouver sa tombe, voir son nom gravé dans une pierre pour une durée qui s’approche de l’éternité. Poser sa fleur. Je la trouvais si jolie mais la voilà si frêle sur cette dalle de marbre. Un peu comme toi, mamie.

Lire les dates et se rappeler du jour où l’on appris sa mort. La culpabilité qui m’a étreint, je me serai voulue plus présente auprès de toi. Mais je n’ai pas réussi, tu étais si maigre, je n’aimais pas cet endroit où tu vais choisi de finir ta vie. Je n’arrivais pas à te voir comme ça. Tout ce que je voulais c’était te ramener à la maison. Mais j’étais à l’âge où l’on a pas de maison. Je t’aurai bien pris dans mon internat.

Mais l’aurais tu seulement voulu? Aurais tu accepté que quiconque te voie dans cet état de faiblesse. Si tu avais su mamie, que tu avais une tâche sur ton chemisier, vestige de ton repas et que personne, pas même moi ne t’avais proposé de le changer. Tu me semblais si fragile, j’avais peur de te briser si je te serrais trop fort. J’avais peur de voir ce corps d’enfant, ces seins qui n’étaient plus. Si tu avais su, tu aurais eu honte et tu aurais souhaité mourir tout de suite. De toute façon, tu n’attendais que cela.

Et c’est venu. Un 13 février. Je me souviens de ma colère, il n’y a que toi qui a su la calmer. Je me souviens quand, au milieu de ces sanglots qui ne s’arrêtaient plus, tu m’as demandé de te laisser partir.

Je te porte en moi depuis ce moment. Un peu de ta force dans laquelle je puise avec parcimonie pour ne pas trop te fatiguer.

Il y avait ce soleil froid qui ne venait pas jusqu’à moi debout sur les graviers. J’aurai aimé rester longtemps, mais bien sûr, ma visite c’était du temps volé à un emploi du temps que je remplis toujours frénétiquement.

Je repense à cette fleur blanche sur cette dalle froide. Ceux qui passeront se demanderont peut être qui est passé par là. On ne leur dira pas. C’est un secret entre toi et moi.

Je t’aime mamie.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s